V!TAL : éprouver la joie ailleurs
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Ismaël Mouaraki, Annie Gagnon et le réalisateur Alejandro Jiménez ont passé trois semaines en Tunisie pour un laboratoire de création autour de V!TAL, la nouvelle production de Destins Croisés en cours de création. Hors des murs habituels de la compagnie et sans la distribution originale de danseurs·ses, cette immersion a ouvert un terrain d’exploration libre et fertile. Le séjour a marqué une étape structurante du processus, approfondissant la matière artistique et consolidant les fondements de l’œuvre à venir.

Ismaël Mouaraki (chorégraphe) Annie Gagnon (direction des répétitions) Intissar Ben Haj Ikhlifa ; Ahmed Grindi ; Kaouthar Mhalla ; Dorsaf Ben Soltan ; Ayoub Ben Fara (interprètes)
Un laboratoire permet d’explorer, de déplacer, de confronter une matière en devenir à d’autres corps, d’autres imaginaires, d’autres réalités. Dans le cas de V!TAL, cette mise à l’épreuve semblait fondamentale. Comment la joie se transforme-t-elle lorsqu’elle est traversée par un autre contexte social, politique et culturel ? Que devient un geste lorsqu’il est porté par une histoire différente ?
La musique, actuellement en cours de création, a accompagné tout le laboratoire. Entendue dans un autre espace, dans un autre climat, elle a révélé de nouveaux besoins, de nouvelles tensions, de nouvelles respirations. Les échanges avec les artistes sur place ont permis d’affiner les intentions musicales, de mieux comprendre ce qui soutient le mouvement, ce qui l’élève ou le retient. La matière sonore s’est précisée au contact des corps.

La chorégraphie, elle aussi, s’est transformée. Il ne s’agissait pas de transmettre à l’identique une partition figée, qui d'ailleurs est loin d'être déjà terminée au Québec, mais de laisser émerger ce que ces interprètes, vivant et créant en Tunisie, pouvaient faire résonner du projet. Les gestes n’étaient pas les mêmes. Les dynamiques collectives non plus. Le contexte de création, les trajectoires individuelles, les références culturelles ont inévitablement influencé ce qui s’est construit en studio. Ce décalage est une richesse. Il rappelle que V!TAL n’est pas un objet clos, mais une architecture vivante.
À Tunis, cette affirmation a pris une couleur particulière. La joie ne se manifeste pas partout de la même façon. Elle s’ancre dans des réalités concrètes, dans des histoires singulières. Le laboratoire a permis de mesurer à quel point cette vitalité, lorsqu’elle est partagée, devient un terrain d’échange fertile. Les créateur·rices y trouvent de nouvelles perspectives. Les danseur·euses y trouvent un espace pour affirmer leur voix, leur puissance, leur présence.
Ce laboratoire n’aurait pas eu la même portée sans l’ancrage local rendu possible par le partenariat avec Al-Badil. En s’associant à Destins Croisés, Al-Badil a soutenu le projet, contribué à sa coorganisation et assuré le lien avec les danseur·euses et les collaborateur·rices sur place. Ce partenariat a aussi permis de présenter le résultat du laboratoire au public dans le cadre du Festival des Premières Chorégraphiques, en février 2026. Cette présence a permis d’inscrire la recherche dans un véritable tissu artistique tunisien, plutôt que dans une simple résidence isolée.
Ce type d’étape est crucial dans un processus créatif. Il ouvre des brèches. Il oblige à reformuler. Il empêche l’œuvre de se refermer trop vite sur ses certitudes. Même lorsque le travail n’est pas effectué avec le casting de danseur·seuses original (ceux de Montréal), il nourrit profondément la création. Il élargit le champ des possibles et renforce la pertinence du propos.
Un film documentaire, réalisé par Alejandro Jiménez, viendra prochainement témoigner de cette traversée. Il donnera à voir les coulisses, les témoignages, les élans, les rencontres. Car au-delà des résultats visibles, c’est bien l’expérience humaine qui marque cette étape : un échange que l’on a souhaité réciproque, généreux, où chacun·e repart transformé·e.

Dans l’esprit de V!TAL, cette traversée tunisienne rappelle que la joie, lorsqu’elle circule entre les corps et les cultures, devient un acte profondément vivant.

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